Le Conseil de Région du 17 mars 2017 vote l’orientation pour le plan de sauvegarde des palmiers

Photo extraite de la video disponible sur le site du Conseil régional 

Le 17 mars 2017, Madame Maud Fontenoy, vice-présidente en charge du développement durable, présentait, devant l’Assemblée plénière du Conseil Régional, le rapport 60 sur l’orientation pour le plan de sauvegarde des palmiers.

Présentation de Madame Maud Fontenoy

lire la transcription de sa présentation orale

A la suite de cette présentation, le président Christian Estrosi a soumis le rapport au vote des Conseillers après la seule intervention de Monsieur Amaury Navarronne (liste FN). Il est pour le moins curieux que ce rapport ait été voté sans qu’aucun autre élu n’émette de sérieuses réserves sur son contenu.

– Que reprochons-nous à cette présentation ?

D’avoir été préparée sans concertation avec les associations de propriétaires de palmiers de la Région (Les associations du CMSP, Propalmes83, par exemple,…)! Le 5 décembre 2016, nous avions bien été invités à participer à une réunion organisée par Madame Fontenoy qui souhaitait se faire une idée sur un sujet qu’elle prétendait ne pas connaître. Une réunion de présentation « tour de table » des participants, très largement écourtée, qui n’a permis d’aborder ce sujet que très superficiellement. Il nous avait été écrit que cette première réunion « de contact » devait donner lieu a d’autres entretiens plus en profondeur. Puis rien !

Bien entendu nous ne pouvons exiger de nos élus qu’ils sachent tout sur tout, mais nous sommes à même de leur reprocher d’avoir pris une décision sans avoir consulté, ni les différents experts scientifiques spécialistes de cette question importante et difficile ni les associations qui en agissant au quotidien sur ce sujet, ont une connaissance pertinente des problématiques rencontrées et une action positive sur le terrain. Il apparaît donc clairement que les termes de ce rapport résultent d’une approche « orientée », très partielle et superficielle du sujet.

– Que nous dit cette présentation, dont nous pouvons penser que tous les termes ont été pesés, puisqu’il ne s’agit pas d’une improvisation mais d’un texte préparé qui est lu par Madame Fontenoy ?

1) « Ce sont près de 106 communes et près de 15000 palmiers qui sont contaminés« .

Cette affirmation résulte des données du SRAL dont nous contestons le bien-fondé en ce qui concerne le nombre de palmiers contaminés. En effet depuis 2010, le SRAL établit la cartographie des foyers d’infestation (palmiers contaminés déclarés bénévolement par les communes ou par les particuliers). Cette cartographie présente le grave inconvénient de donner une information totalement erronée avec beaucoup de retard et ne permet pas à nos élus de prendre les décisions qui s’imposent. En effet les professionnels estiment que seulement  10 à 20% des foyers réels sont ainsi déclarés! Il suffit d’ouvrir les yeux pour s’en convaincre ! Donc ce ne sont pas 15000 palmiers mais bien entre 75000 et 150000 palmiers publics et privés qui auraient été contaminés, les palmiers privés représentant 70 à 80% (essentiellement des Phoenix canariensis) ! En minimisant ainsi, avec des chiffres faux, la catastrophe environnementale qui se joue sous nos yeux, on masque la triste réalité à nos élus en leur laissant penser que nous avons encore des années devant nous pour agir, alors qu’il reste (au mieux !) 2 à 3 ans pour traiter les palmiers à condition de commencer dès cette année!

2) « la Région souhaite sauvegarder ses palmiers en accompagnant les communes sur le volet de l’innovation et de l’expérimentation »

Madame Maud Fontenoy est mal conseillée ! Elle n’a pas compris que pour sauvegarder les palmiers il fallait d’abord s’attaquer à la réduction de la population des charançons de manière drastique en généralisant partout sur le territoire de la Région une lutte collective massive et simultanée, qui puisse être limitée dans le temps. De l’avis unanime des scientifiques, il s’agit de la seule alternative, pour empêcher la reproduction et enrayer l’infestation par un organisme nuisible invasif ! C’est dans ce domaine que la Région doit agir efficacement et durablement en aidant les collectivités à l’organiser et en incitant les propriétaires de palmiers à y participer !

Nous ne sommes plus en 2010! L’infestation s’accroît de manière exponentielle ! En 2015 certaines villes du Littoral ont perdu entre 20 et 25% de leurs palmiers Phoenix canariensis ! Et le taux de perte s’est encore accentué en 2016 ! Il faut être pragmatique et utiliser les traitements qui sont les plus efficaces et les plus faciles à mettre en oeuvre et dont l’impact sur l’environnement est acceptable. L’endothérapie à base d’émamectine benzoate a démontré son efficacité. L’Anses dans son avis du 26 février 2016 conclut « seule la stratégie de lutte par injection dans le stipe d’un produit phytopharmaceutique à base d’émamectine benzoate peut être actuellement retenue » dans le cadre de la lutte contre le charançon rouge du palmier. En 2016 la ville de Fréjus qui a fait traiter ses palmiers Phoenix de cette manière obtient un taux de réussite de 98% mesuré par la FREDON !

Le temps n’est plus aux innovations et aux expérimentations hasardeuses ! Il faut agir efficacement et maintenant. Nous avons tout au plus 2 à 3 ans pour réussir!

3) « Il existe aujourd’hui des procédés préventifs : il y a le piégeage aux phéromones, des dispositifs de détection par caméras thermiques, sismiques, il y a énormément de choses qui sont sur le marché qui doivent être testées. »

Là encore Madame Fontenoy est mal conseillée et aurait dû se renseigner auprès de Michel Ferry, expert internationnal de la FAO pour le traitement des palmiers contre le charançon, président du CMSP et conseiller scientifique de notre association. Madame Fontenoy confond des dispositifs de détection et de contrôle avec des procédés préventifs ! Les traitements préventifs, seuls actuellement autorisés par la loi pour lutter contre le charançon sont décrits dans l’annexe 1 de l’arrêté du 21 juillet 2010 !

Le piégeage aux phéromones,

en aucun cas il ne peut-être considéré comme un outil préventif au contraire ! En effet tous les scientifiques soulignent que la phéromone artificielle utilisée pour attirer les charançons est moins « attractive » que le palmier lui même ! Les fabricants et revendeurs de pièges attirent d’ailleurs l’attention des utilisateurs pour les placer à bonne distance >30m  de leurs palmiers car il est impossible de savoir si le charançon, attiré par le piège n’ira pas finalement vers le palmier. En revanche le piégeage, utilisé en complément des traitements préventifs des palmiers est un outil de mesure pertinent pour évaluer l’évolution de la population des charançons dans une zone contaminée. Le piégeage massif peut naturellement participer à la réduction de la population des charançons, mais ne saurait, en aucune façon constituer un moyen de lutte en lui-même. Une telle hypothèse part du principe que l’on a décidé de sacrifier les palmiers et non de les sauver !

La détection par caméras thermiques et sismiques,

peut être un moyen intéressant pour surveiller les zones non contaminées afin de donner l’alerte sur une infestation potentielle. Mais là encore il faut comprendre qu’elle n’est d’aucune utilité dans des zones déjà infestées à l’instar des 106 communes de la Région! De part son principe de fonctionnement, la caméra thermique sera sensible à une élévation de la température interne du palmier qui résulte d’une prolifération des bactéries engendrées par la mastication des fibres tendres du palmier par les larves de charançon. La détection ne pourra donc se déclencher que plusieurs semaines, voire plusieurs mois après les premières pontes! Il en est de même pour la détection sismique ! (Un système de détection sismique en réseau a été présenté lors d’une réunion à Monaco en décembre 2016 par Ben Hamozig, ancien colonel israélien. Il s’agit d’un réseau de capteurs sismiques (1 capteur par palmier) reliés par un système radio, connecté à un réseau intranet. Economiquement, il ne pourrait se justifier que pour surveiller des palmeraies avec une forte concentration de palmiers bien que le coût de location annoncé (2 à 3€/palmier/mois) soit dissuasif puisqu’il vient s’ajouter aux coûts des traitements préventifs obligatoires en France.

Vouloir, au niveau de la Région PACA, investir dans ces domaines de détection relève de la pure spéculation intellectuelle pour amateur de curiosités scientifiques !

On ne comprend donc pas très bien l’intérêt de la Région, à vouloir s’engager dans ces domaines qui ne concerneront finalement que très peu de cas, alors que nos palmiers du littoral sont en danger de mort et qu’il y a maintenant, une urgence extrême à organiser une lutte collective avec l’ensemble des collectivités du territoire régional et transfrontalier.

– Que proposons-nous ?

Au risque de nous répéter : seule une lutte collective menée massivement et simultanément peut permettre de réduire l’infestation d’une espèce nuisible invasive (ce qui est le cas du charançon rouge, classé en catégorie 1 de lutte obligatoire sur tout le territoire national) en un temps limité.

En 2016, avec la CAVEM et le programme ARECAP, nous avons fait la démonstration de la possibilité d’organiser rapidement une lutte collective coordonnée entre propriétaires publics et privés. L’efficacité, des traitements par endothérapie à base d’émamectine benzoate utilisés dans le cadre d’ARECAP, mesurée par la FREDON sur les palmiers publics de la ville de Fréjus, atteint 98% ! Compte tenu des difficultés de démarrage et des problèmes à résoudre, cette lutte, devait être améliorée en 2017 sur différents aspects (plan de communication auprès des propriétaires, dégressivité des prix, technique d’injection, protocoles d’assainissement, etc…) mais 3000 palmiers avaient déjà pu être traités en 2016 et l’objectif annoncé est d’en traiter 7000 en 2017 ! Cette lutte, dont nous sommes les instigateurs aurait dû être organisée par la DGAL. Tous les problèmes organisationnels et logistiques que nous rencontrons sur le terrain viennent du fait que la DGAL, qui a défini les protocoles de traitement à utiliser dans le cadre de cette lutte n’a jamais défini, ni imposé une stratégie de lutte efficace et laisse les collectivités se débrouiller comme elles le peuvent! Autrement dit on se trouve avec une obligation de lutte (la guerre est déclarée) contre le charançon rouge (l’ennemi)  dont on sait qu’il est partout mais les cartes d’état major utilisées qui sont erronées, sous estiment considérablement leurs positions (les zones contaminées sont définies sur des informations trop partielles et trop tardives). Par ailleurs, le général (la DGAL) équipe ses soldats (collectivités et particuliers) d’armes plus ou moins efficaces pas particulièrement bien adaptées (annexe 1 de l’arrêté de 2010) tout en décrétant l’obligation pour tout un chacun, d’aller à la bataille sans aucune stratégie ! Le résultat crève les yeux des habitants du littoral : c’est la défaite à plate couture, avec un CRP qui n’arrête pas de gagner du terrain ! Et le risque est grand dorénavant, d’assister prochainement à la capitulation pure et simple de la DGAL, bien contrainte de se résoudre à ses maigres résultats.

Tôt ou tard, il faudra quand même bien désigner précisément les responsables si par manque de réactivité de certains, les palmiers du littoral venaient à disparaître !

Une action de la Région doit avoir pour but d’aider les associations de propriétaires et les collectivités. Elle y parviendrait :

  • en agissant auprès de la DGAL pour qu’une stratégie de lutte collective soit mise en place extrêmement rapidement avec outils et moyens  en s’inspirant si nécessaire de ce qui a déjà été fait par la CAVEM avec ARECAP ;

  • en améliorant le dispositif (corrections et adaptations de l’arrêté de 2010 à la situation du terrain) et en généralisant la lutte collective à l’ensemble des communes contaminées afin de sauver les palmiers Pheonix canariensis patrimoniaux qui subsistent ;

  • en communiquant massivement via différents médias auprès de tous les propriétaires de palmiers afin de les inciter à participer à la lutte ;

  • en initiant et en coordonnant les actions de la communauté européenne avec les territoires transfrontaliers, tout aussi concernés par le CRP .

Le contenu du « Rapport 60 »

 lire le rapport 60

La Région décide…

« – d’accompagner les collectivités dans leurs approches expérimentales, innovantes et préventives de sauvegarde des palmiers c’est-à-dire hors traitement conventionnel et hors obligations réglementaires issues de l’arrêté du 21 juillet 2010 ;
– de lancer en juin 2017 un appel à manifestation d’intérêt pour la mise en oeuvre du plan de sauvegarde des palmiers. »

Nous espérons nous tromper, mais bien entendu nous craignons le contraire ! La Région, qui ne connaissait rien au problème en décembre 2016 estime que des solutions qui n’ont pas été trouvées depuis 2010, pourraient l’être très rapidement ! Et pour cela elle incite les collectivités à des approches expérimentales en dehors du cadre légal ! Incompréhensible…! Nous attendons avec impatience la réaction de la DGAL à la suite du vote de ce rapport par les élus de la Région ! Une prime à l’illégalité, c’est inédit en France ?

Laissons aux laboratoires scientifiques et aux chercheurs de l’INRA, qui devraient être soutenus et financés par l’Etat pour développer ces recherches,  le soin de mener des expérimentations et de trouver le plus rapidement possible des solutions innovantes, et si possible bio qui pourront nous aider à contenir les espèces nuisibles invasives mais ce n’est très certainement pas aux collectivités territoriales, de se lancer dans cette aventure hasardeuse ! Nous avons vu les résultats catastrophiques que ce genre de politique engendrait et notamment sur la Ville de Nice qui, sous le joug d’un dogmatisme bio, radical et hors la loi, laisse scandaleusement mourir ses magnifiques palmiers Phoenix canariensis centenaires au lieu de les traiter correctement.

Il n’est pas concevable que des élus de la République ne réagissent pas et nedemandent pas un éclairage complémentairepar des débats scientifiques sur le contenu de ce texte.

Nous nous tenons à leur disposition pour leur fournir toute documentation à ce sujet. Ils peuvent également prendre connaissance des conférences présentées par des experts internationaux réunis dans la consultation scientifique organisée par la FAO et qui s’est tenue très récemment à Rome du 29 au 31 mars 2017.

RECTIFICATIF FREDON PACA suite à l’article paru sur le site collectifpalmier.eu du 04 avril 2017 intitulé « Le Conseil de Région du 17 mars 2017 vote l’orientation pour le plan de sauvegarde des palmiers ». La FREDON PACA a pris connaissance de votre article du 4 avril. Elle tient à préciser que la FREDON Paca est chargée, dans le cadre de la coordination de la lutte, du suivi du projet ARECAP de la CAVEM. Elle réalise dans ce projet le suivi des palmiers communaux de la ville de Fréjus, Saint-Raphaël et Roquebrune/Argens. Lors de la réunion bilan qui a eu lieu à la CAVEM le 22 février 2017, la FREDON Paca a présenté un état des lieux de la première année d’injection. La présentation n’étant basée que sur des constatations terrain à N1, le choix a été de ne pas faire figurer de taux de réussite. Il est bien entendu prématuré de tirer des conclusions définitives des résultats obtenus uniquement sur la première année de traitement et sans avoir le recul suffisant alors que le projet ARECAP est prévu sur 3 ans.