Nice, les riverains du parc Vigier en colère !

Les riverains du Parc Vigier sont en colère et il y a de quoi. Quelques 400 signataires viennent d’adresser une pétition à Christian Estrosi (texte de la pétition des riverains et usagers du parc Vigier) pour que la Ville abandonne ses traitements « bio » jugés inefficaces (voir l’article de Yann Delanoë dans Nice-Matin du 22 novembre 2017 – Parc Vigier : les palmiers en sursis – « Dans l’espace vert aux palmiers centenaires, le charançon rouge fait des ravage. Près de 400 riverains et amoureux de l’endroit exigent de changer les traitements bio, qu’ils jugent inefficaces. »

Le parc Vigier était la propriété de son créateur le Vicomte Achille Georges Hyppolyte Vigier (1825-1882), botaniste, amoureux des plantes exotiques, qui fut le premier à introduire et acclimater en France le Phoenix canariensis vers 1860.

Les palmiers historiques du parc Vigier

vue du parc Vigier côté boulevard Franck Pilatte – photo Google Earth

les palmiers étêtés du parc Vigier

vue côté boulevard Franck Pilatte du parc Vigier le 16 novembre 2017 – photo Bernard Gouber

Nice-Matin du 1er août 2017 – Un drone pour sauver les palmiers du charançon – annonçait que la Ville de Nice « …testait un nouveau produit sans pesticides.. » (une souche du champignon entomopathogènes Beauveria Bassiana) « ..ainsi qu’une voie d’administration innovante et rapide pour traiter les palmiers du parc Vigier.. ».

Innovante ? pas tant que cela ! Christian Estrosi, dans sa réponse du 8 décembre 2015 au président du Collectif Méditerranéen pour la Sauvegarde des Palmiers, annonçait que la Ville de Nice avait signé une convention avec la société Natural Palm Protect (NPP) et la société Vegetech pour « .. faire tester de nouvelles méthodes d’application adaptées, notamment la technique de largage ciblé à l’aide d’un drone.. » indiquant que les services de la Ville participaient à une expérimentation sur 30 Phoenix canariensis du Parc du Castel des deux rois afin de tester l’efficacité d’une stratégie mixte de traitement à base de nématodes et de deux souches* de Beauveria Bassiana.

* on peut supposer qu’il s’agissait de la souche147 déjà utilisée pour le traitement du papillon Paysandisia archon (Ostrinyl) et la souche NPP111.

Si l’on en juge par les photos du parc Vigier, ci-dessus, et la photo du parc du Castel des deux rois ci-dessous, le moins que l’on puisse dire c’est que les résultats ne sont pas probants!

palmiers coupés au Castel des deux rois

Vue côté Est du parc du Castel des deux rois le 30 décembre 2016 – photo Daniel Chabernaud

Le Beauveria Bassiana fait l’objet d’expérimentations par différentes collectivités depuis décembre 2013 mais n’a toujours pas, à ce jour reçu d’autorisation de mise sur le marché par le Ministère de l’agriculture. Par ailleurs l’épandage aérien en milieu urbain de micro-organismes  phytosanitaires (c’est le cas du Beauveria bassiana) est interdit en Europe et en France alors plusieurs questions se posent puisque d’autres stratégies de traitement légales, ont montré leur efficacité :

– pourquoi avoir sacrifié des palmiers patrimoniaux centenaires, d’une valeur inestimable, à des expérimentations incertaines ?

– pourquoi, alors que les résultats des traitements, un an plus tôt, sur les palmiers du Castel des deux rois étaient connus, avoir renouvelé cette aventure sur les palmiers du Parc Vigier ?… visiblement avec les mêmes résultats !

– pourquoi Monsieur Estrosi qui a sans doute à coeur l’embellissement de cette Ville que nous aimons tous, a t’il décidé de manière dogmatique d’appliquer la politique du zéro-phyto (chimique) alors qu’ aucun produit « bio » utilisé seul n’a prouvé son efficacité et que la loi pour la transition énergétique et une croissance verte permet, dans un tel cas, aux collectivités de continuer à utiliser des produits phytosanitaires d’origine chimique dans les espaces verts, au delà du 1er janvier 2017, pour lutter contre des organismes nuisibles invasifs de lutte obligatoire ce qui est le cas, encore aujourd’hui, du charançon rouge des palmiers. Serait-il à ce point mal conseillé ?

La Ville de Nice devrait donner l’exemple et être « le chef de file » dans la lutte contre le charançon rouge du palmier. Non seulement elle risque de perdre tous ses palmiers remarquables qui ont fait sa réputation et son attrait touristique mais elle contribue à la prolifération de ce ravageur dont la lutte est obligatoire et met en danger les palmiers des propriétaires qui traitent leurs palmiers suivant les prescriptions de la loi en leur créant un grave préjudice.

On est loin des bonnes intentions de 2010  (voir en encadré ci-dessous l’article du Petit Niçois paru le 28 mai 2010) lorsque Nice prenait le leadership pour faire appliquer la stratégie de traitement de l’INRA  !

 

Le Petit Niçois / Agriculture & Environnement vendredi 28 mai 2010 N°681

CHARANÇON ROUGE
Nice ville pilote

La stratégie de traitement de l’INRA
La situation est dramatique et nécessite une intervention rapide et majeure selon le maire de Nice, Christian Estrosi, qui ajoute : « Si nous ne réagissons pas, nous assisterons à une accélération exponentielle des infections car le charançon rouge ne connaît ni limites, ni frontières administratives ou géopolitiques ». Car demain, une fois les palmiers décimés, le charançon rouge pourrait s’attaquer à d’autres espèces, lauriers roses, cyccas, cannes de Provence.
Les palmiers font partie intégrante de l’image touristique de la Côte d’Azur et ils ne peuvent être tous abattus, une fois le diagnostic de contamination établi. Après intervention du ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, auprès de son homologue délégué à l’Agriculture, il a été décidé de reconnaître comme méthode alternative à l’abattage systématique, la stratégie de lutte intégrée mise au point par l’INRA et le chercheur, Michel Ferry, d’autoriser cette disposition aux communes volontaires (comme Nice). Et d’élaborer ainsi un arrêté national en cours de rédaction,
obligeant tout propriétaire public ou privé à appliquer les mesures préconisées par l’INRA.

30 communes signent la charte
En la matière, une intervention au premier stade de la contamination est une nécessité pour sauver les palmiers infectés, tout en permettant de réaliser des économies sur le traitement. La vigilance et la célérité s’imposent à tous.
La stratégie de l’INRA n’étant efficace que si elle est généralisée. Le comité de pilotage du 7 mai dernier a donc permis de faire le point avec tous les propriétaires publics et privés et de lancer un appel à la mobilisation générale. A ce jour, 30 communes ont déjà adhéré à la charte de bonnes pratiques initiée par la ville de Nice.

Incompréhensible silence des autorités sanitaires de ce pays sur ces expérimentations destructrices d’un patrimoine végétal irremplaçable et qui restent les yeux fermés alors que la Ville de Nice qui n’intervient que beaucoup trop tardivement sur des palmiers infestés, bafoue ouvertement la loi en faisant courir un danger de sécurité publique aux biens et aux personnes.

Propalmes83 avait pourtant alerté Stéphane Le Foll, alors Ministre de l’Agriculture, par une lettre ouverte du 1er juillet 2016 en lui demandant de généraliser au plus vite la lutte collective, seule stratégie possible pour arriver à réduire et contrôler la prolifération du charançon rouge et seule solution pour nous permettre de sauver nos palmiers.

Vintimille, le 28 novembre 2015

Photo du parc municipal de Vintimille, le 28 novembre 2015 (annexe à notre lettre ouverte du 1er juillet 2016)

Nous admettons la réticence de la Ville de Nice à pulvériser un insecticide chimique dans l’atmosphère de ses concitoyens. Effectivement cela nécessite quelques précautions qui rendent ce type de traitement difficile à appliquer. C’est une des raisons qui ont conduit la Communauté d’Agglomération Var Estérel Méditerranée (CAVEM) à choisir la technique de traitement par injection, pour la démonstration de lutte collective ARECAP. 3000 palmiers ont été traités avec cette technique en 2016 avec d’excellents résultats (moins de 2% de palmiers morts). Rappelons que cette démonstration a reçu le soutien de François Goussé, alors Directeur de la DRAAF (Direction régionale de l’alimentation et de l’agriculture).

L’agence nationale de sécurité sanitaire a reconnu (Avis du 29 janvier 2014) que son impact sur l’environnement était acceptable et qu’il n’y avait pas non plus de risque pour les abeilles butinant les fleurs pour leur pollen. Elle a répondu le 26 février 2016 à la saisine 2015-SA-0198 du Ministère que c’était la seule stratégie qui pouvait être retenue dans le cadre de la lutte contre le charançon rouge.

Cette stratégie de traitement présente de nombreux avantages : coût accessible aujourd’hui aux particuliers (72€ttc /palmier incluant traitement et déplacement) dans le cadre d’une lutte collective, facilité et rapidité d’intervention y compris en milieu urbain. L’intervention se fait en moins de 5mn, à hauteur d’homme et ne nécessite aucun équipement spécial y compris pour les grands palmiers tels ceux du parc Vigier. Pour être efficace, et avoir un impact sur la population des charançons rouges,  la lutte collective doit être massive et limitée dans le temps pour réduire au minimum le nombre de blessures infligées au palmier et éviter l’utilisation prolongée d’un produit phytosanitaire, conditions pour lesquelles elle a reçu le soutien de l’INRA, de la FREDON et de la FNE.

Nous reconnaissons volontiers que des solutions alternatives biologiques, aussi efficaces et moins onéreuses seraient les bienvenues. Mais ne rêvons pas ! Si elles n’existent pas dans la tête des chercheurs aujourd’hui,  ce n’est pas en attendant un miracle que l’on sauvera notre patrimoine palmiers déjà bien entamé !

Demain il sera trop tard !

Daniel Chabernaud

vice-président CMSP et Propalmes83