Le CMSP répond à la Ville de Cannes

Le CMSP répond à la Ville de Cannes suite à l’article publié dans nice-matin le 11 octobre 2019 « Les méthodes de lutte contre le charançon rouge divisent, la Ville de Cannes répond »

1) La loi Labbé et la réaction de la ville de Cannes sur le nouvel arrêté

En espaces urbains, la loi Labbé interdit l’utilisation de produits de synthèse mais les écologistes à l’origine de cette loi ont prévu une exception pour la lutte contre les organismes invasifs graves comme le charançon rouge du palmier (CRP). Les méthodes biologiques ne sont pas assez efficaces pour les contenir et en faire régresser la population. Elles sont souvent efficaces et financièrement accessibles pour maintenir des populations de ravageurs sous un seuil tolérable mais elles ne le sont pas face à une espèce comme le CRP qui tue très rapidement son hôte dans lequel il se multiple aussi à grande vitesse.
De plus, la lutte contre une espèce invasive implique impérativement, comme cela a une nouvelle fois été souligné par la FAO en 2017 au sujet du CRP, la mise en œuvre d’une stratégie de lutte et de techniques de lutte sur l’ensemble du territoire infesté. C’est d’ailleurs pour cela que le nouvel arrêté CRP du Ministère est « déplorable » en laissant chacun agir à sa guise. Nous sommes heureux de constater que la ville de Cannes (Nice-matin, 11/10/19) comme bien d’autres acteurs engagés dans la bataille pour sauver les palmiers partagent cet avis. Nous nous réjouissons que cette ville ait décidé de demander une modification de l’arrêté et nous espérons que de nombreuses autres collectivités vont la rejoindre dans cette démarche.

2) La stratégie proposée par le CMSP et mise en œuvre par la Cavem

Pour que la lutte soit appliquée sur l’ensemble du territoire infesté, il est essentiel, en l’absence d’aide de l’Etat, que les méthodes proposées soient non seulement efficaces et faciles d’emploi en espaces urbains mais aussi financièrement accessibles au plus grand nombre. Cela explique qu’avec l’appui de l’INRA, FNE et la Fredon, nous ayons recommandé une stratégie intégrée et collective de lutte contre le CRP. Cette stratégie repose, en complément de la détection et l’assainissement précoces des palmiers infestés et du piégeage, sur l’utilisation d’une technique d’injection d’un insecticide dont la très grande efficacité a été démontrée par l’INRA et vérifiée à grande échelle par la Cavem.
L’objectif est de stopper rapidement l’hécatombe de palmiers et d’obtenir la régression massive du CRP en quelques années. Au bout de celles-ci, l’emploi de cette technique (qui ne pourrait d’ailleurs être utilisée plus d’une quinzaine d’années sans entraîner un risque de chute de palmiers) et d’un insecticide de synthèse pourra être abandonné, ce qui permettra de revenir à une démarche zérophyto.
C’est cette stratégie que la Cavem a décidé d’adopter étant donné l’impasse et l’échec absolus dans laquelle se trouvait la lutte pour sauver les palmiers.
De plus, il faut ajouter que le traitement par injection diffère complètement des techniques phytosanitaires classiques et que, le produit ne se retrouvant à aucun moment en contact avec l’extérieur, il assure une grande sécurité sur la santé et l’environnement. Enfin, rien n’interdit à la personne qui est prête à engager l’effort financier correspondant, à traiter ses palmiers avec les traitements biologiques autorisés. Mais il faut souligner que pour être efficace, les traitements biologiques doivent être répétés toutes les 3-4 semaines et suffisamment précis pour que le produit soit placé à la base même des palmes centrales, faute de quoi il devient complètement inefficace.

3) L’organisation collective de la lutte

Nous nous réjouissons que la ville de Cannes ait décidé de renforcer la collaboration public/privé. C’est un aspect absolument essentiel pour gagner la bataille et les résultats obtenus sur ce point par la CAVEM et Palmiers 06 démontrent la faisabilité et l’efficacité d’une démarche collective. Cet article est pour nous l’occasion de proposer que la ville de Cannes comme toutes les villes désireuses de sauver le patrimoine palmier public et privé rejoignent l’initiative PalmierSud afin de créer une synergie entre municipalités et de faire front face à un ravageur qui ignore les limites administratives.

4) L’avis de l’Anses et ses conclusions désastreuses et opposées aux recommandations de la FAO et des experts internationaux du CRP. Des conséquences inadmissibles pour les collectivités et les particuliers.

Concernant l’Anses, nous reconnaissons sa position d’autorité mais cela n’empêche pas que sur la lutte contre le CRP comme sur plusieurs autres sujets graves qui ont été relayés par les médias récemment, ses avis manquent parfois sérieusement de rigueur scientifique. C’est le cas avec les conclusions de son dernier avis sur la lutte contre le CRP, avis qui a conduit le Ministère de l’Agriculture à adopter, pour la zone méditerranéenne pourtant la plus concernée par le problème, un arrêté « déplorable » car gravement amputé par rapport au précédent arrêté.

Au lieu de proposer des mesures pour renforcer et améliorer considérablement l’arrêté précédent, l’Anses a proposé de distinguer une zone Atlantique et une zone méditerranéenne. Pour la zone Atlantique, l’Anses a proposé un objectif d’éradication et l’adoption des mêmes mesures que celles qui ont si magistralement échoué en zone méditerranéenne. De plus, viser l’éradication du CRP dans une zone alors que, dans la zone contiguë, on propose de le laisser pulluler constitue une aberration stratégique évidente. Malheureusement le Ministère a adopté la proposition de l’Anses. L’échec est assuré.

Pour la zone méditerranéenne, l’Anses a proposé un objectif soi-disant « pragmatique »: concernant les municipalités « protéger  des palmiers sélectionnés pour leur importance patrimoniale » avec le « remplacement des autres par d’autres espèces végétales » et, pour les particuliers, « protéger à une échelle réduite, un ou plusieurs palmiers ». Un tel objectif revenant à n’appliquer la stratégie de contrôle intégré avec toutes ses composantes que sur une partie des palmiers est à l’opposé des recommandations de la FAO et des experts internationaux du CRP.

Il est en effet parfaitement illusoire d’espérer protéger des palmiers alors qu’autour on laisserait le CRP proliférer. Cela ne peut conduire à terme qu’à une impasse à la fois économique et environnementale : économique car les propriétaires de palmiers vont devoir dépenser de l’argent longtemps et de plus en plus ; environnementale car faute de traitement biologique capable de contrôler une population de CRP à croissance exponentielle, les propriétaires n’auront d’autre choix que de recourir à des traitements chimiques (à condition qu’ils restent autorisés) et sans être assurés qu’ils se révèleront eux aussi suffisamment efficaces dans ces conditions de pullulation du CRP.

Mais, reprenant à son compte l’objectif proposé par l’Anses, le Ministère a décidé d’amputer l’arrêté antérieur en supprimant l’obligation de traitements préventifs sur l’ensemble du territoire infesté. Cette obligation est remplacée par une mesure qui revient à laisser le choix aux communes d’appliquer ou non ces traitements. C’est seulement dans le cas où une commune s’engagerait à les appliquer que les particuliers de cette commune seront dans l’obligation de les appliquer à leur tour. Le nouvel arrêté place les communes et les particuliers engagés pour sauver leurs palmiers dans une impasse inacceptable.

 

5) Lobbying

Le CRP suscite, en France comme partout d’ailleurs, l’intérêt de personnes et/ou de sociétés qui y voient, parfois sans rien connaître au problème, l’occasion de se mettre en avant et/ou de faire des affaires en proposant des solutions toutes plus miraculeuses les unes que les autres. Elles exercent auprès des municipalités, des associations et des particuliers un lobbying souvent agressif, entaché souvent de désinformation et de tromperie. C’est un phénomène dont la FAO a relevé lors la réunion de Bari de 2018 les effets pernicieux vis-à-vis des décideurs et des propriétaires de palmiers.

Nous avons-nous-même combattu avec force contre le lobbying exercé par Syngenta auprès du Ministère de l’Agriculture qui a permis à cette multinationale d’imposer un monopole sur l’application des traitements par injection, sans aucune justification technique ni réglementaire ni de sécurité. Nous n’avons cessé de dénoncer ce monopole ; nous avons même lancé un appel à signatures qui a permis de recueillir près de 10000 signatures. Nous n’avons pas encore réussi à faire sauter ce monopole, préjudiciable à la réussite de la stratégie que nous défendons mais, dès que l’occasion s’en présente, nous rappelons notre opposition à ce monopole.

Par rapport à ce problème de lobbying, notre position est identique à celle défendue par la FAO ; elle est assez simple : toute proposition dont la validité n’est pas confortée par un rapport ou une publication scientifique sérieuse, présentant des résultats expérimentaux de terrain validés statistiquement doit être écartée. Ce qui est en jeu, ce sont en effet des palmiers dont la valeur paysagère, patrimoniale ou même affective est considérable.

Michel Ferry
Le 13/10/19

Réponse de Raymond Gallo, vice-président et secrétaire du CMSP, à la Ville de Cannes, publiée le 12 novembre 2019 dans nice-matin – « Charançons : Raymond Gallo répond à la Ville ».

Interview de Xavier Peraldi, directeur des Espaces verts de la Ville de Cannes publié dans nice-matin le 24 septembre 2019 sous le titre « Charançons et expériences »

Réactions du CMSP  publiées dans l’article nice-matin  » La possible éradication du charançon rouge  » du 7 octobre 2019

Le CMSP rappelle au directeur des espaces verts de la ville de Cannes que ses représentants avaient eu l’occasion de rencontrer en août 2018, que le CMSP  est financé par les seules cotisations de ses adhérents et qu’il n’est compromis par aucun partenariat avec une société commerciale dont il pourrait bénéficier, ce qui lui donne toute son indépendance de parole. Ses instances dirigeantes et scientifiques sont constituées exclusivement de bénévoles.

Concernant nos actions contre le lobbying nous vous invitons également à lire ou relire nos articles :

– Le piégeage comme moyen de lutte contre le charançon rouge du palmier (CRP)

Beauveria : efficacité « variable et partielle »

Le CMSP dénonce la convention proposée par Syngenta

 

Commentaires fermés.