L’Anses veut-elle lutter contre la disparition des palmiers sur l’arc méditerranéen ?

L’Anses veut-elle lutter contre la disparition des palmiers sur l’arc méditerranéen ?

 

rapport-de-l-Anses-lutte-contre-CRP

Sous le titre « Lutter contre la disparition des palmiers sur le littoral méditerranéen» l’Anses vient de publier, le 19 décembre 2018, sur son site internet, son rapport sur « Les stratégies de lutte contre le charançon rouge du palmier »

Que proposent les scientifiques de l’Anses (entomologistes, épidémiologiste et expert en modélisation) qui ont établi ce rapport, pour endiguer l’hécatombe des palmiers et la catastrophe environnementale qui touche actuellement le littoral méditerranéen ?

– « de stabiliser la population de charançon rouge du palmier et limiter son aire d’extension géographique par des moyens de lutte adaptés »

– « de protéger en priorité, dans les zones infestées, les palmiers d’importance patrimoniale et proposer des espèces végétales de remplacement pour les zones non protégées. »

Des mesures qui sont totalement inadaptées à la situation et qui sont en opposition avec les conclusions de la réunion des experts internationaux de la FAO qui s’est tenue à Rome en mars 2017 et sur lesquelles les scientifiques du groupe de travail de l’Anses disent s’être appuyés pour établir leur rapport. On est alors en droit de se demander : l’Anses veut-elle lutter contre la disparition des palmiers ? Son rapport n’est en fait qu’un aveu d’échec des mesures prises par la DGAL depuis 2010 !

Loin de nous la volonté de contester leurs compétences, ce sont très certainement des spécialistes dans leur domaine respectif mais cela n’en fait pas pour autant des « experts » en matière de lutte contre le charançon rouge des palmiers ! Nous ne les avons jamais rencontrés sur le terrain !

Le Collectif Méditerranéen pour la sauvegarde des palmiers (CMSP) par la voix de son président Michel Ferry, spécialiste international, expert de la FAO pour la lutte contre le charançon rouge des palmiers et directeur scientifique de la Station Phoenix demande que le rapport que vient de produire l’Anses sur les stratégies de lutte contre le charançon rouge (CRP) soit retiré car ses conclusions sont lourdes de conséquences pour les propriétaires de palmiers et la collectivité en général.

Contradiction avec les conclusions de la réunion de Rome organisée par la FAO :

En effet le rapport de l’Anses se fonde sur une interprétation tronquée de l’une des principales conclusions de la réunion de Rome. Contrairement à ce quils prétendent il a clairement été affirmé (voir la déclaration des experts FAO à la réunion de Rome) que les stratégies consistant à tenter de confiner le CRP et à maintenir indéfiniment des traitements, comme le proposent ces entomologistes, sont vouées à l’échec. Elles ne sont durables ni économiquement ni sur l’aspect environnemental. Le message du Directeur général de la FAO était on ne peut plus clair : contre ce ravageur, parce qu’il est très prolifique et qu’il tue rapidement son hôte, l’objectif doit être l’éradication en adoptant des stratégies visant la régression très rapide du ravageur en quelques années. Ces stratégies ont réussi partout où elles ont été appliquées.

Voir les conclusions et présentations de la réunion organisée par la FAO à Rome fin mars 2017

Avec la volonté politique de généraliser des luttes collectives, l’éradication reste possible !

Une telle stratégie est actuellement mise en œuvre en France dans le Var par la Communauté d’Agglomérations Var Esterel Méditerranée et par 10 communes des Alpes-Maritimes autour de Vence.
Il nous paraît tout à fait anormal que les « experts » de l’Anses n’aient pas pris connaissance, dans le cadre de leur mission, des résultats obtenus après plus d’un an de lutte collective et qui démontrent la faisabilité et l’efficacité d’une telle démarche. (Taux d’échecs inférieur à 2% constaté fin 2017 sur plus de 3000 palmiers traités depuis 2016).

Pour stopper l’hécatombe des palmiers et lutter efficacement contre le charançon, il faut changer de paradigme !

Comme cela a été souligné également à Rome, l’absence de réussite de la lutte contre le CRP partout ailleurs, n’est pas due à l’absence de traitements suffisamment efficaces, contrairement à ce qui ressort de l’avis de l’Anses qui porte essentiellement sur la question des traitements. Le problème principal est d’ordre organisationnel et relève d’une approche pluridisciplinaire, incluant fortement la composante socio-économique. Sur ce point essentiel, l’avis de l’Anses est extrêmement pauvre comme le prouve le manque de données de leur analyse économique. Sans fournir aucun argument économique, l’Anses assure que la mise en place d’un programme d’éradication serait hors de prix sans établir de comparaison entre le coût d’un tel programme avec celui résultant de l’abattage et du remplacement des palmiers.

Nous déplorons la profonde méconnaissance de la lutte contre le CRP de la part des scientifiques, rédacteurs du rapport, ainsi que l’absence de rigueur dans leur analyse, qui les a conduits à s’opposer ainsi aux conclusions de la FAO, et à oblitérer les démonstrations mises en place à cet escient dans le Var et les Alpes-Maritimes.

Mettre en place des outils législatifs et organisationnels pour pouvoir éradiquer des organismes nuisibles !

Le CRP fait des ravages considérables dans l’hexagone mais aussi sur les palmiers dattiers dans les pays producteurs de l’Afrique du Nord et du Proche Orient, menaçant leur économie agricole. Les récentes décisions de la Communauté européennes appliquées depuis le 1er octobre 2018 témoignent de l’incapacité de l’Europe à faire face à cette situation d’urgence et à son manque de considération et de solidarité avec les pays producteurs du Sud.
Plus gravement, ce rapport et l’abandon potentiel de la lutte qu’il préconise, nous place dans une situation incroyable, en soulignant notre incapacité à se doter d’un outil performant et à même de nous protéger contre les invasions de toute nature que la mondialisation et le réchauffement climatique ne manqueront pas de conduire jusqu’à nous.
En complément d’une faillite injustifiée, ce rapport porte en lui la menace future d’un abandon devant une problématique quelque peu complexe, et nous laisse a penser que le recul incompréhensible et l’attentisme coupable de ces dernières années dans la gestion de cette crise, se doivent d’être justifiés.
Alors qu’avec une réelle volonté politique il serait tout à fait possible d’éradiquer le charançon rouge en quelques années.

Retrait de l’avis de l’Anses :

En conséquence, nous demandons que ce rapport soit retiré et que sous contrôle de la DGAL, l’Anses organise une consultation avec les principaux acteurs concernés et notamment les associations de terrain et les collectivités territoriales qui se sont lancées dans la lutte contre le CRP, afin que cette immense catastrophe internationale, et en particulier méditerranéenne, puisse être stoppée rapidement.
Il faut absolument que notre pays puisse se doter très rapidement des moyens législatifs et organisationnels qui lui permettent de faire face à l’infestation par des organismes nuisibles tels que le charançon rouge, qui demain, menaceront nos plantes ornementales et vivrières.

Les palmiers historiques du parc Vigier

vue du parc Vigier côté boulevard Franck Pilatte – photo Google Earth

– Le parc Vigier en septembre 2016 –
62 palmiers Phoenix canariensis patrimoniaux plantés par le vicomte Vigier, botaniste vers 1860.

situation-parc-vigier-en-decembre-2018
– Situation du parc Vigier en décembre 2018 –
Il reste une douzaine de palmiers sur les 62! L’absence de volonté politique d’engager une lutte collective à Nice, des traitements inappropriés et le non respect des dispositions de l’arrêté de 2010 ont conduit à cette véritable hécatombe et la perte irrémédiable d’un patrimoine végétal exceptionnel alors qu’il était possible de le conserver.

 

Parc-de-valere-frejus-palmiers-patrimoniaux

Par opposition, les 39 palmiers patrimoniaux du parc de Valère à Fréjus, traités dans le cadre de la lutte collective menée par la Cavem et l’association Propalmes83 sont toujours là ! En 3 ans le coût total des traitements atteint 8400€. Une somme nettement inférieure à la valeur financière d’un seul de ces magnifiques palmiers que l’on peut estimer supérieure à 12000€ !

Quelques articles publiés dans la presse :

Une dépêche de l’AFP passée dans différents quotidiens ou magazines France soir, L’Express, Europe1, GEO, Midi Libre

extraits : l’indignation de Michel Ferry

« C’est un aveu d’échec. Faute d’organisation, on entérine la faillite et c’est dramatique », a réagi Michel Ferry, expert auprès de la FAO, l’agence de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation: « La lutte contre ce ravageur n’est pas un problème technique mais un problème d’organisation collective et de volonté politique comme en témoigne l’exemple des Canaries, ou celui des oasis où il a pu être éradiqué ».

– Réussite aux Canaries –

Selon lui, l’avis de l’Anses ne tient pas compte des derniers éléments nouveaux: « Même dans les situations difficiles en Europe, on peut obtenir la réduction rapide de la population de charançon rouge, comme ça s’est fait en deux ans à Saint-Raphaël. Deuxièmement, la stratégie qui consiste à contenir le charançon en traitant régulièrement conduit à une impasse coûteuse, même l’Arabie Saoudite l’a abandonnée. Tous les pays concernés visent l’éradication rapide ».

Le Figaro

extraits : interview de Roland Pélissier, président de la FDGDON du Var et de la commission CRP de la FREDON France.

«À ce jour, certaines communes ont déjà perdu entre la moitié et les deux-tiers de leurs palmiers», estime Roland Pélissier, secrétaire général de la Fédération régionale de lutte et de défense contre les organismes nuisibles (Fredon) de Provence-Alpes-Côte d’Azur.

«Il est illusoire de prétendre protéger tel palmier plutôt que tel autre, estime Roland Pélissier. Si tous les arbres d’un secteur donné ne sont pas traités, le charançon va constamment réapparaître». Et de citer l’exemple de la Cavem, la communauté d’agglomération de Fréjus-Saint-Raphaël, qui est parvenue à baisser fortement le niveau d’infestation des 3000 palmiers recensés* sur son territoire au moyen de traitements chimiques systématiques.

* ndr : il ne s’agit pas de 3000 palmiers recensés mais de 3000 palmiers traités depuis 2016.