Evolution de la réglementation, néonicotinoïdes interdits : quel impact sur le traitement des palmiers ?

 Les mesures d’urgence sont abrogées par la CE, les néonicotinoïdes sont maintenant interdits en France : quel est l’ impact sur le traitement des palmiers ?

1) Evolution des textes réglementaires concernant la lutte contre le charançon rouge du palmier.

1er octobre 2018 : abrogation par la CE des mesures d’urgences pour lutter contre l’introduction et la prolifération du CRP en Europe !

Nous avions annoncé depuis longtemps la scandaleuse décision de la Commission européenne, qui abroge au 1er octobre 2018, les mesures d’urgences qui avaient été décidées en 2007. Ces mesures d’urgence  (décision 2007/365/CE du 25 mai 2007) avaient pour but de lutter contre l’introduction et la prolifération d’un organisme nuisible tel que le Rhynchophorus ferrugineus (charançon rouge du palmier ou CRP pour les intimes). C’est donc en considérant qu’il est impossible d’éviter son introduction et sa propagation puisque les Etats membres n’ont pas réussi à l’éradiquer (et pour cause, ils n’ont rien fait pour cela, hormis des textes législatifs) que la CE a pris la décision d’éxécution 218/490 du 21 mars 2018  de les abroger. Parmi ces mesures figurait le contrôle strict des échanges commerciaux des palmiers qui est le vecteur principal de l’introduction du CRP en Europe. Les représentants de la France nous disent qu’ils se seraient opposés mais n’ont pas pu éviter cette décision. Pour pouvoir le faire il aurait fallu qu’ils s’opposent d’abord à la directive d’éxécution (UE) 2017/1279 qui a été prise pour : (considérant n°19) « protéger la production et le commerce de végétaux » et qui écarte le CRP des organismes de quarantaine sauf pour (considérants n°20 et 22) le Royaume Uni, l’Irlande et les Açores, considés comme « zones protégées » et modifie en conséquence la directive 2000/29/CE.

Cette directive d’éxécution 2017 a été prise par les représentants des autorités phytosanitaires de chaque pays européen. Une majorité au 2/3 suffit pour que la décision soit prise. Dans l’intérêt de qui? …certainement pas dans celui des propriétaires de palmiers !

C’est le laxisme sur le contôle des importations de végétaux qui avait déjà permis l’introduction du charançon rouge à Malaga en 1996 ce qui avait conduit les autorités phytosanitaires espagnoles a adopté une réglementation interdisant toute importation de palmiers. Cette réglementation espagnole a été abrogée en 2000 sous la pression des lobbies des importateurs de palmiers et une évaluation totalement erronée du risque.

A partir de 2014, la multiplication des foyers aurait dû conduire les autorités phytosanitaires européennes à interdire immédiatement l’importation et le mouvement de palmiers provenant des zones infestées mais ce n’est qu’en 2007, quand le CRP était déjà présent presque partout, que les autorités ont pris les mesures « d’urgence »  … qu’elles remettent en cause aujourd’hui. Absolument incompréhensible !

 

La France maintien le charançon rouge comme organisme nuisible de lutte obligatoire.

Le 12 septembre 2018 un communiqué du Sral (Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt de Provence Alpes Côte d’Azur, Service Régional de l’Alimentation) confirme l’intention des autorités sanitaires françaises de maintenir la lutte obligatoire contre le charançon rouge du palmier et de maintenir l’arrêté du 21 juillet 2010 en vigueur.

La France se doit, comme le dit le document, de respecter les exigences européennes nous attendons donc avec vigilance et impatience de savoir comment tout cela se traduira dans le nouvel arrêté attendu pour la fin de l’année 2018.

Il y a maintenant urgence ! Nous avons déjà perdu beaucoup trop de temps et beaucoup trop de palmiers Phoenix canariensis ! Soit le Ministère décide une lutte collective obligatoire sur l’ensemble du littoral méditerranéen, mais il faudra également interdire l’importation de palmiers sinon ce serait incohérent et dans ce cas nous aurons la posiibilité de sauver les palmiers Phoenix canariensis, emblématiques de la Côte d’Azur, du moins ceux qui restent encore,  soit nous perdrons tous nos palmiers, les Phoenix et les autres, et tous les efforts qui auront été produits pour démontrer que nous pouvions réussir à enrayer l’hécatombe, comme nous l’avons fait avec les luttes collectives Arecap, sur le territoire de la Cavem et  Palmiers06 dans les Alpes-Maritimes, aurons été vains.

2) Interdiction de l’utilisation des produits phytosanitaires à base de néonicotinoïdes à partir du 1er septembre 2018

Cette décison est traduite dans l’arrêté du 9 août 2018 qui concerne, en particulier la lutte contre le CRP. Il impose la suppression dans les différents articles et l’annexe 1 de l’arrêté du 21 juillet 2010  toute référence à l’imidaclopride (spécialité commerciale : Confidor de Bayer) qui est remplacé par « insecticide ».

Voir les modifications apportées par l’arrêté du 9 août 2018 dans une version consolidée de l’arrêté du 21 juillet 2010 en vigueur au 28 septembre 2018.

Cette modification laisse la possibilité aux professionnels agréés par la DRAAF d’utiliser un insecticide autorisé pour les arbustes d’ornement. Lequel ?

L’absence de préconisation d’un traitement à base d’un insecticide liquide met en danger tous les palmiers infestés qui devraient être traités très rapidement. L’automne est une période critique qui révèle souvent des infestations sévères restées invisibles l’année ou les années précédentes et qui nécessitent des interventions urgentes avant l’hiver !

Après suppression mécanique des parties infestées , un insecticide liquide, ruisselant, pourra pénétrer dans les cavités creusées par les larves qui n’auront pu être atteintes par le professionnel pour tuer les larves qui auraient pu y rester cachées aussi bien pour protéger le palmier que pour s’assurer que les parties infestées, supprimées, ne puissent pas contribuer à la propagation du CRP dans les déchets. Cet insecticide doit être, bien sûr, efficace contre les adultes et les larves, en pénétrant dans les cocons et avoir une rémanence de plusieurs semaines.

Il est indispensable également que, très rapidement, les professionnels qui détiennent des palmiers en pépinières soient capables de les traiter efficacement et économiquement. (Partie D de l’Annexe 1)

Dès que Michel Ferry, dont l’expertise pour le traitement des palmiers contre le charançon rouge est mondialement reconnue, aura pu valider une liste d’insecticides efficaces qui pourraient se substituer à l’imidaclopride, nous la publierons sur ce site.

En ce qui concerne les traitements préventifs,  seule la « Stratégie » 3 de l’arrêté du 21 juillet 2010 n’est pas impactée. Iil reste donc possible de traiter préventivement les palmiers par injection d’émamectine benzoate (spécialité commerciale = Revive de Syngenta) dans le stipe des palmiers. Une stratégie qui donne de très bons résultats : actuellement sur des milliers de palmiers traités dans le cadre de la lutte collective Arecap que nous avons contribué à lancer sur  le territoire de la Cavem ou de la lutte collective organisée autour de la plateforme Palmiers06 mise à disposition de 10 communes des Alpes-Maritimes par l’association des Palmiers du Pays vençois sous la responsabilité de la Ville de Vence et qui permettent aux propriétaires publics et privés de faire traiter leurs palmiers.