Beauveria bassiana : efficacité « variable et partielle »

Dans la bataille pour sauver les palmiers, tous les propriétaires de palmiers sont demandeurs de traitements « bio », à condition que leur efficacité et leur innocuité aient été sérieusement établies et que leur mode d’application soit simple et peu coûteux, conditions indispensables pour que la majorité des propriétaires acceptent de faire traiter leurs palmiers. Sans cette adhésion massive des propriétaires et une organisation collective de la lutte, la bataille pour sauver les palmiers est vouée à terme à l’échec comme cela a été démontrée partout, y compris en France.
Le produit ARY-0711B-01 à base de Beuveria bassiana proposé par les sociétés Arysta/Végetech ne répond nullement à ces conditions indispensables et ne nous permettra malheureusement pas de sauver les palmiers. Nous vous en expliquons en détail les raisons dans l’article que nous venons de publier sur le site Web de Propalmes83 : Beauveria : produit miracle ou poudre aux yeux ?

Nous résumons ci-après les différents points qui nous conduisent à cette conclusion :

Efficacité – la société Arysta communique que l’efficacité de son produit quelles que soient la situation et la saison est «proche de 90% » alors que l’Anses sur la base des résultats présentés par la même société conclut que cette efficacité est « variable et partielle ». Avec une telle conclusion, l’évaluation de l’Anses justifierait peut-être l’attribution d’une AMM contre un ravageur mineur mais certainement pas contre le CRP qui s’il réussit à infester les palmiers mal protégés les tue inévitablement ;

Abeilles – la societé Vegetech affirme que la souche de champignon d’Arysta est spécifique du CRP alors qu’aucune donnée n’est disponible sur la pathogénicité de ce ravageur sur d’autres insectes à l’exception des abeilles. Concernant celles-ci, l’autorité européenne chargé d’évaluer cette souche a au contraire conclu qu’il existait un risque élevé de mortalité ; malgré ce risque l’Anses a jugé que les palmiers pouvaient être traités en période de floraison mais en l’absence d’abeilles comme si, après le traitement, les abeilles en allant butiner ces palmiers n’allaient pas se trouver en contact avec le produit qui en raison de son mode d’application sera tombé sur les inflorescences !

Innocuité pour l’environnement – la societé Arysta communique sur l’innocuité de son produit sur la santé en omettant de préciser que l’accès par le public à la zone traitée est interdit après traitement pendant 6 heures et que les applicateurs, qui ne peuvent être que des professionnels agréés, doivent se protéger avec gants, combinaison et masque respiratoire certifié ;

Lutte contre le CRP – la société Arysta communique aussi que son produit est le seul-bio-insecticide homologué et efficace contre le CRP, ce qui est trompeur puisque, aujourd’hui encore, le seul insecticide biologique légalement autorisé par l’arrêté du 21 juillet 2010 est un traitement bio à base du nématode Steinernema carpocapsae ;

Epandage aérien – la societé Arysta vante le traitement par drone de son produit alors que les réglementations européenne et française interdisent strictement ce type de traitement à proximité de lieux d’habitation.

Nous relèverons aussi que la société Vegetech a conduit à Nice une expérimentation par drone dans un parc de la Ville sur des palmiers gravement infestés fréquentés par des promeneurs et des enfants alors que la réglementation mais aussi le risque sur la sécurité de personnes imposaient l’assainissement immédiat de ces palmiers (voir photo ci-dessous).

L’Anses en attribuant une AMM à ce produit a conforté un préjugé niais et dangereux qui consiste à croire qu’un produit est forcément sain parce qu’il est bio. Ce préjugé est ici exploité pour autoriser la commercialisation d’ un produit dont l’efficacité est très douteuse, au détriment des propriétaires de palmiers. Non seulement cela risque engendrer de la confusion dans l’esprit des propriétaires de palmiers qui n’avaient pas vraiment besoin de cela mais cela jette aussi le discrédit sur les produits « bio ».

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Nice : parc Vigier en novembre 2017 après expérimentations de l’application du Beauveria bassiana par drone