Capitulation des autorités sanitaires dans la lutte contre le CRP

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Capitulation de l’Europe dans la lutte contre le CRP

Capitulation des autorités sanitaires dans la lutte contre le CRP.
La capitulation des autorités sanitaires dans la lutte contre le charançon rouge des palmiers (CRP), pour sauver les palmiers et éviter une catastrophe patrimoniale et environnementale est totalement inadmissible !

Dès 2012, dans une note, adressée à l’époque aux membres de l’association Sauvons nos palmiers (SNP), reproduite et complétée ci-dessous, Michel Ferry alertait sur les conséquences de tout retard à l’organisation d’une lutte collective de masse. Son intervention était liée aux polémiques stériles sur l’utilisation de « l’endothérapie » comme méthode de traitement.

Michel Ferry n’est plus membre de SNP depuis 2014 suite à son désaccord grave sur le refus de son président de mobiliser SNP contre le monopole de fait imposé par Syngenta sur l’application des traitements avec le Revive. Les prédictions de Michel Ferry sur les conséquences catastrophiques de ce monopole se sont hélas vérifiées point par point.
A cause de ce monopole, l’organisation de chantiers de traitement groupés, rapides et très peu coûteux, seule solution pour faire régresser le CRP, n’a pu voir le jour. Conséquence, l’hécatombe de palmiers n’a nullement été freinée alors qu’en mars 2014, avec l’autorisation du Revive, en appliquant la technique d’injection mise au point par l’INRA (Institut national de la recherche agronomique), on tenait la solution pour démontrer rapidement que la bataille pouvait être encore gagnée. Il suffisait d’adopter la stratégie dite de la dernière chance (*) soutenue par l’INRA, la FREDON (Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles) et FNE (France nature environnement).
Faute de cette démonstration, la Commission Européenne à la demande des autorités phytosanitaires nationales a pris une mesure (Directive d’exécution (UE) 2017/1279 de la Commission du 14 juillet( 2017) qui va se traduire par l’annulation des mesures obligatoires de lutte contre le CRP (avec application au plus tard le 1 janvier 2018). Une décision catastrophique et scandaleuse qui scelle un fiasco lamentable des autorités phytosanitaires dans la lutte contre le CRP.
C’est aussi un fiasco de Syngenta dont la démarche commerciale totalement inappropriée démontre que la firme n’a pas compris qu’il était aussi de son intérêt d’adhérer à cette stratégie de la dernière chance. Les conditions que cette société a imposées ont conduit à l’installation d’un monopole de fait sur l’application des traitements dits « S3 », prévus par l’arrêté du 21 juillet 2010 modifié pour cela en 2014. Ce monopole, sans aucune justification technique ni réglementaire, est discriminatoire pour les professionnels et contraire à l’intérêt des consommateurs.

La DGAL (Direction générale de l’alimentation, responsable de la santé des végétaux au Ministère de l’agriculture) a laissé faire alors que le CRP étant de lutte obligatoire et l’emploi du Revive soumis aux obligations de l’arrêté, cette administration était tout à fait en mesure de fixer les conditions d’application du Revive. Non seulement elle pouvait le faire mais elle aurait bien évidemment dû le faire dès que les conditions que Syngenta souhaitait imposer ont été connues. Il était évident qu’elles étaient incompatibles avec l’adoption et l’organisation rapides de la stratégie collective de lutte défendue par l’INRA, la FREDON et FNE.
A cela il faut ajouter la question de la technique d’injection. La DGAL n’aurait jamais dû accepter que le Revive soit appliqué avec une technique différente de celle mise au point par l’INRA qui garantissait l’efficacité du traitement ainsi que sa facilité et sa sécurité d’utilisation.
En empêchant la mise en œuvre de la stratégie de la dernière chance, la multinationale se gâchait inévitablement, comme Michel Ferry l’avait annoncé, toute chance de pouvoir exploiter durablement le Revive. Ce sera effectivement le cas, car suite à la déréglementation du CRP, l’utilisation de ce produit de synthèse sera interdite à la fin de l’année 2017 en espaces verts publics et au 1er janvier 2019 pour les particuliers.
Malgré de très lourdes pertes enregistrées ces dernières années (certaines collectivités ont perdu plus de 50 % de leurs magnifiques palmiers Phoenix canariensis patrimoniaux), il serait encore possible d’éviter le pire. La valeur du patrimoine palmiers encore indemne en fait une obligation sociétale et environnementale. Si l’ultime occasion pour sauver ce patrimoine n’était pas saisie par les autorités sanitaires, cela constituerait une preuve très grave de leur inefficacité dans la lutte contre les espèces nuisibles invasives  et une faute lourde vis à vis à vis de très nombreuses collectivités

et de centaines de milliers de particuliers propriétaires de palmiers en Europe. Ce serait également irresponsable vis à vis des pays méditerranéens du sud qui se battent pour éradiquer le CRP.

 

 La polémique contreproductive sur « l’endothérapie » et Beauveria

La polémique suscitée autour de « l’endothérapie » et du champignon Beauveria repose sur beaucoup d’erreurs, de méconnaissances et de désinformation.
Tout d’abord ni « l’endothérapie » ni Beauveria ne constituent des techniques nouvelles dans la lutte contre le CRP. Elles font l’objet d’expérimentations ou d’applications depuis plus de 20 ans. L’application de certaines techniques d’endothérapie à grande échelle remonte même à plus de 50 ans contre divers ravageurs des palmiers. Par contre, l’utilisation de Beauveria au champ dans la lutte contre le CRP n’a jamais vraiment dépassé le stade expérimental ou d’opérations très ponctuelles. Concernant les solutions biologiques, seuls les nématodes ont fait jusqu’à présent l’objet d’applications à une assez grande échelle.
Le problème des solutions biologiques pour lutter contre le CRP comme d’ailleurs des traitements par aspersion d’insecticides chimiques est la faible durée d’efficacité de ces traitements ainsi que la difficulté de leur application. Ces deux paramètres rendent prohibitive et inapplicable la mise en œuvre de ces solutions à grande échelle et en urgence. Or la dimension prise par l’extension du CRP en France est telle qu’une intervention massive et rapide est maintenant seule en mesure d’éviter une nouvelle vague d’explosion du CRP qui signerait la dégradation irréversible du patrimoine palmiers de la Côte d’Azur.
Une grande partie de la polémique actuelle repose sur cette méconnaissance grave de la situation et de l’urgence. Il ne s’agit plus hélas de traiter de petits foyers ce qui serait sans doute réaliste à l’aide de solutions biologiques comme les nématodes (qui, à la différence de Beauveria, ont fait leur preuve et sont autorisés), mais tout le littoral varois et une grande partie de celui des Alpes Maritimes.
Par ailleurs, je relève dans le Var Matin et dans le Nice matin du 28 mars de nombreuses informations sérieusement erronées :
– Cela fait longtemps que l’on sait que certaines souches de Beauveria assurent une bonne mortalité du charançon rouge à condition que les traitements l’atteignent correctement. Il n’y donc là rien de bien nouveau. Présenter cette information comme une nouveauté est trompeur mais c’est surtout passer complètement à côté des paramètres qui comptent : la persistance d’action, l’efficacité sur grands palmiers, le nombre de traitements et en définitive le coût.
– Il est tout à fait erroné d’assurer que les traitements à l’aide de Beauveria sont autorisés en Espagne. Laisser en conséquence entendre que l’emploi de Beauveria serait en train de se substituer à « l’endothérapie » relève de la désinformation caractérisée.
– Il est également tout à fait erroné d’assurer que « l’endothérapie » est abandonnée en Espagne. C’est tout le contraire qui est en train de se produire parfois d’ailleurs de manière discutable (voir le système dit de la « piqueta » néfaste à la cicatrisation et donc à risque). La pratique de « l’endothérapie » exige de respecter certaines règles qui nous ont d’ailleurs conduits à proposer au Ministère de l’agriculture un protocole précis et l’obligation d’une formation complémentaire des professionnels habilités à intervenir en zones infestées.
– Les risques de « l’endothérapie », en particulier sur la santé humaine et les plantes, invoqués par certains sont tout à fait farfelus. Le gros avantage de l’endothérapie par rapport aux traitements par pulvérisation actuellement autorisés repose justement sur le fait que le produit utilisé est confiné dans la plante. C’est cet aspect qui rend l’usage de « l’endothérapie » si intéressant en milieu urbain.
– Invoquer un risque de pollution des sols et de l’eau par les racines des palmiers traités par « endothérapie » relève d’une forte méconnaissance du processus de migration qui est essentiellement ascendant via la sève brute.
– Quant au risque sur la faune, l’essentiel de celle qui est associée au palmier ne s’en alimente pas mais ne fait que s’y abriter ou consommer les parties mortes qui ne contiennent aucun résidu des produits injectés. L’éventuel risque sur les abeilles ne concerne que certains produits chimiques et seulement les palmiers mâles dont elles viendraient butiner le pollen. Les données actuellement disponibles indiquent des teneurs indétectables (<0,1 PPM) dans les organes floraux. Par précaution, il a été néanmoins prévu l’élimination des inflorescences mâles dans le dispositif d’utilisation de « l’endothérapie ».
– Enfin, le recours à « l’endothérapie » n’est absolument pas proposé comme une pratique routinière prévue pour durer mais, au contraire, pour une période courte dans le cadre de plans d’éradication conçus pour aboutir en moins de deux ans. Il ne s’agit donc que d’un usage d’insecticide chimique pendant une durée très limitée pour faire face à une situation exceptionnellement grave.
Il est urgent de revenir à un débat serein et rigoureusement argumenté si l’on veut sauver nos palmiers.
 Michel Ferry
 29/03/2012

Complément à la note de 2012

La démonstration est faite par la CAVEM (Communauté d’aglomération Var Estérel Méditerranée) que la lutte collective est possible et efficace. Encore faut-il qu’elle soit généralisée très rapidement à l’ensemble des collectivités françaises et transfrontalières de l’arc méditerranéen.

Certains se retranchent derrière des arguments fallacieux pour ne rien faire et attendre en espérant sans doute un miracle !

– Zérophyto !

La démarche est parfaitement louable à condition qu’elle soit appliquée avec intelligence ce qui n’est plus le cas quand elle devient dogmatique, la loi pour la transition énergétique et la croissance verte qui interdit l’utilisation de produits phytosanitaires de synthèse dans les espaces verts publics depuis le 1er janvier 2017, fait exception pour les produits chimiques indispensables pour lutter contre les organismes nuisibles invasifs de lutte obligatoire.
C’est la raison pour laquelle il est indispensable que le CRP reste classé en lutte obligatoire.

– Impact sur la santé humaine :

l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) s’est prononcée dans son avis du 29 janvier 2014 : le risque est acceptable. (Le produit étant injecté à l’intérieur du stipe, il y reste confiné sans impact ni sur l’homme ni sur l’environnement ce qui en fait un produit particulièrement approprié pour les traitements en milieu urbain contrairement à tous les autres types de traitements chimiques ou biologiques existants aujourd’hui qui nécessitent des pulvérisations aériennes. Le Beauveria Bassiana, par exemple, un produit phytosantaire d’origine biologique (voir ci-dessous), la souche 147 en cours d’expérimentation à Nice au Parc Vigier depuis l’été 2017, est classée Xi, irritante par inhalation et dont l’emploi implique un délai de rentrée de 6 heures (zéro délai pour les injections de Revive).

– Concernant le risque du traitement par injection sur les insectes pollinisateurs,

l’ANSES (Avis du 29 janvier 2014) a indiqué que seule la consommation de nectar présenterait un risque inacceptable. Dans le cas des Phoenix canariensis, cibles et incubateurs privilégiés du CRP, ce risque est inexistant puisque cette espèce ne dispose pas d’organes nectarifères.