La mort annoncée des palmiers de la Côte d’Azur

palmiers infestes parc vigier

Nice – Parc Vigier le 21 février 2017

Nous reproduisons ici, avec l’autorisation de l’auteur, l’article de Vincent-Xavier Morvan, paru dans le Figaro du 12 juillet 2017 intitulé « La mort annoncée des palmiers de la Côte d’Azur »

Un travail de journaliste intéressant, qui fait le tour de la question. Il met en exergue les raisons qui conduisent à la disparition inéluctable des palmiers de la Côte d’Azur sur lesquelles nous souhaitons revenir pour apporter les précisions suivantes à nos lecteurs.

– Le manque de cohérence et de coordination dans l’action de la part des collectivités! Ceci traduit l’absence de stratégie globale au niveau de la Direction Générale de l’Alimentation (DGAL), en charge de la Santé des végétaux qui, depuis 2014, s’est désintéressée totalement du problème. Son retour tardif sur le dossier pour en transmettre la responsabilité aux régions avec la mise en place de Programmes Collectifs Volontaires (PCV) ne fera que retarder la généralistaion de la lutte collective absolument indispensable pour réduire la progression de l’infestation et sauver les palmiers.

– Le découragement des propriétaires confrontés à des prix de traitement préventif et curatif prohibitifs. Depuis l’arrêté de lutte obligatoire du 21 juillet 2010, il a fallu attendre juin 2016 pour que, grâce aux actions conjugées de l’association Propalmes83 et de la CAVEM, le prix des traitements préventifs deviennent si ce n’est acceptable, du moins accessible à une malorité de propriétaire : 72€ ttc forfaitaire par an et par palmier (produit, MO et déplacement).

– Les incivilités de certains propriétaires indélicats qui laissent leurs palmiers infestés continuer pendant des mois à disperser le ravageur dans leur environnement contribuant ainsi à sa propagation. Il serait nécessaire que des amendes puissent être délivrées par les collectivités plutôt que de menacer ces propriétaires de les trainer devant les tribunaux, déjà bien encombrés, pour infraction au Code Rural! Faudrait-il encore que les Collectivités, elles-mêmes, appliquent la loi ce qui est loin d’être le cas !

– Les imperfections, imprécisions et erreurs résiduelles de l’arrêté du 21 juillet 2010 qui déclare la lutte obligatoire mais n’impose aucune stratégie de lutte et dont l’application s’avère quasi impossible, y compris par les collectivités!

– Le manque de volonté politique de certaines collectivités à s’engager dans une lutte collective avec les propriétaires privés, sous le prétexte fallacieux de passer au « zérophyto » ! Un objectif louable en tant que tel mais qui cesse d’être intelligent lorsqu’il devient dogmatique! Le cas de la ville de Nice en donne un exemple malheureux en abandonnant ses magnifiques palmiers Phoenix canariensis centenaires à la tronçonneuse plutôt que de les traiter. Actuellement il n’existe aucun traitement phytosanitaire biologique autorisé qui soit, seul, suffisamment, efficace. La loi sur la transition énergétique pour une croissance verte permet d’ailleurs aux collectivités d’utiliser des produits phytosanitaires chimiques qui, aujourd’hui encore, sont les seuls à avoir démontré leur efficacité pour lutter contre le CRP en tant que ravageur de lutte obligatoire. Tels les 3 petits singes, ces responsables ne veulent rien voir, et rien entendre et attendent le jour où les propriétaires se réveilleront pour leur demander des comptes sur la perte du patrimoine végétal dont ils avaient la responsabilité. Sur l’ensemble du littoral de la région, la perte financière s’élève à plusieurs centaines de millions d’euros dont 75 à 80% supportée par les seuls propriétaires privés!

palmiers parc du castel des deux rois

Palmiers abattus au parc du Castel des deux rois à Nice, 30 décembre 2016

– Les communications trompeuses du Conseil Régional qui, sous la présidence de Christian Estrosi a voté un « soi-disant » Plan régional de sauvegarde des palmiers. Lequel plan, et c’est un comble, appelle les collectivités à des manifestations d’intérêt pour des expérimentations innovantes « hors cadre légal », sans aucune réaction des autorités chargées de faire appliquer la loi ! Totalement incompréhensible et inacceptable en France. Des scientifiques et des laboratoires du monde entier se sont penchés sur cette question depuis 2006 ! De qui se moque t’on !
Ce plan qui, par la communication tous médias, qui en a été faite, permettait à certains propriétaires d’espérer, ne débouchera malheureusement sur rien. Il s’agit en fait d’un plan de diversion ! Avec quel objectif ? Masquer l’échec de la stratégie utilisée par la ville de Nice pour sauver ses propres palmiers Phoenix, et les dépenses fastueuses faites pour les remplacer par d’autres palmiers (essentiellement des dattiers) tout aussi sensibles au CRP? Il aura permis à certaines collectivités déjà frileuses pour s’engager dans la lutte, d’y trouver un alibi supplémentaire.

– Les communications faites par la Ville de Nice (cf nice-matin du 31 juillet 2017) sur des expérimentations d’épandage par drône de la souche 147 du Beauveria Bassiana sur les palmiers du parc Vigier (voir le triste état de certains palmiers de ce parc dans la rubrique « Photos témoignages » sur le site propalmes83.com). L’épandage aérien de microorganisme en milieu urbain est interdite en France et le produit en expérimentation depuis 2013 n’a toujours pas reçu d’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM). On souhaiterait tromper les gens avec des subtilités administratives qu’ on ne s’y prendrait pas autrement ! .. le tout sous couvert d’une Autorisation de Distribution pour Expérimentation (ADE) délivrée par l’ANSES. Les expérimentations de traitement avec le Beauveria Bassiana souche147 ont fait l’objet de l’arrêté du 9 décembre 2013 et de l’annexe 3 de l’arrêté du 21 juillet 2010, autorisant 19 communes des Alpes Maritimes et 4 du Var à faire traiter préventivement leurs palmiers dans le cadre d’un dispositif expérimental avec « des pulvérisations sur les parties aériennes ou du saupoudrage à la tête du palmier ». Cela fait maintenant plus de 3ans 1/2 d’expérimentation ! Où sont les résultats ? Un secret visiblement bien gardé..et quand c’est flou…..! Rien sur la souche NPP111 qui, pourtant paraissait plus prometteuse? Les habitants des villes qui se sont lancées dans ces expérimentations en milieu urbain ont le droit de savoir !

Mais nous ne sommes plus en 2010 ! L’infestation par le CRP s’est développée de manière exponentielle, certaines collectivités ont déjà perdu plus de la moitié de leurs palmiers Phoenix,

La solution pour réduire la population de CRP et sauver les palmiers est pourtant simple, et bien connue !

– une volonté politique affirmée pour organiser la lutte avec les propriétaires privés,

– une communication cohérente et honnête,

– appliquer la stratégie de la dernière chance prônée par Michel Ferry,

– généraliser la lutte collective sur tout le littoral méditerranéen,

le temps presse !